Julien MARCLAND | Beaux présents dorés (BO PRE ZAN DO RE), ou Le voyage dans l’alphabet extraordinaire de Jude Call Mirann.
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Beaux présents dorés (BO PRE ZAN DO RE), ou Le voyage dans l’alphabet extraordinaire de Jude Call Mirann.

« Vertige mélé d’enchantement : telle est l’impression que pourra laisser la poésie de Julien Marcland. Inventant une langue originale à partir des seules lettres de l’alphabet contenues dans leurs titres, les poèmes de Julien Marcland, comme le fît Georges Perec, loin de s’arrêter à cette prouesse, ont cette attraction étrange qu’exercent sur nous les paysages lointains et paradoxalement familiers. C’est redécouvrir avec ce jeune auteur, la dimension musicale et ludique du langage, ou se laisser porter comme Alice au pays des sons et des merveilles. L’oreille et le regard à leur contact chantent et l’esprit soudain plus curieux s’en trouve plus léger… »

Emmanuel Lequeux, éditeur.

 

L’ouvroir poétique.

« Selon certaines découvertes de la science, tous les êtres peuvent être définis par leur patrimoine génétique. Je prétends, moi, étant plus pataphysicien que physicien, analyste et poète que philosophe, qu’ils le sont tout autant par leur nom, je veux dire par les lettres mêmes composant leur nom et prénom. »

Dans cet ouvrage, j’ai voulu m’amuser à entr’apercevoir et à penser, à honorer aussi, à travers le prisme de certains noms, ces identités en gestation et « prédéfinies » en un sens ; d’en donner une ébauche, un croquis coloré et partial, à partir de la recomposition de leurs lettres. Visages et noms s’éclairant l’un l’autre par le jeu secret des ramifications sonores, étymologiques…, que la contrainte d’analyse et d’écriture « perecquienne » du beau présent permet d’explorer.

Lettres comme notes, atomes et molécules d’une  matière informe mise en phrase, en visage – paysage, en musique… ; la parole devenant alors elle-même cette métaphore extrême du vivant.

J’ai donc travaillé artisanalement avec patience, un peu à la façon d’un chercheur d’or (de mots en pépites) ou d’une diseuse de bonne aventure rigoureuse, à dégager un visage, une histoire, un « destin », parfois insolite et imprévisible, derrière chaque nom choisi.

J’ai ajouté à cette contrainte, au cours de l’évolution du travail, une nouvelle contrainte, mathématique cette fois, basée sur des calculs de proportions dérivés du Nombre d’oret des suites de Fibonacci, comme cela a déjà été fait souvent en musique ou en architecture (en littérature je n’en connais pas d’exemple probant). Cette contrainte vise à structurer le chaos de cet ADN décousu et éclaté, à en accentuer le caractère musical (usage de rythmes, de sons, de souffles, d’une métrique originale…).

On entendra ici aussi des belles absentes, contrainte inventée par Raymond Queneau qui consiste à écrire un poème dont chaque vers comporte toutes les lettres de l’alphabet moins une ; les noms cachés alors structurent les poèmes par leur absence (chaque lettre du nom manquante après l’autre, dans l’ordre du nom, vers après vers, verticalement).

 

Le spectacle, la pièce…

 

Ces contraintes formelles sont prises ici, on le comprendra, par le narrateur-auteur Julien Marcland, alias Jude Call Mirann (son anagramme), et c’est là la véritable originalité de cette pièce en plus de jouer constamment avec différents registres pour mieux s’en affranchir, comme des métaphores de concepts philosophiques et poétiques fondamentaux, comme l’être et le non-être, la mise en question de « l’identité » (« qui est où ? » dit-il), des façons de s’interroger directement avec le public simplement et concrètement avec tantôt humour ou gravité, sur la relation entre « présence » et « absence », « matière » et « antimatière », « lumière » et « vérité » :  « Comment une belle absente peut elle être présente ? Un mort, vivant ? » demande t-il dans la deuxième partie du spectacle avant de faire apparaitre tel un prestidigitateur « une belle absente présente ! » justement… Kafka se retrouvant « devant la porte », oui, celle destinée à lui seul, certes, celle de la vie, celle de l’attente, mais qui serait ici soudainement ouverte sur la « Bibliothèque de Babel », « dédale qui compte autant de livres que de variation possible de lettres dans l’alphabet », un vertige mathématique adressé à tout un chacun comme aux créateurs en particulier…

 

Enfin l’auteur-interprète s’interroge sur les « causes » de cet usage forcené des contraintes pendant vingt ans et l’on devine qu’un récit plus personnel et secret se révèle pour lui alors, défaisant soudainement la langue en la connectant à son origine – un moment d’abstraction, de régression et de perte de connaissance -, dans un voyage onirique intérieur en quête d’une liberté plus grande.

 

L’auteur – interprète qui est aussi animateur d’ateliers d’écriture, fera résonner et donnera corps pour nous à ses textes, et invitera le public lui aussi à écrire, à célébrer ce moment en inventant un « poème collectif », qu’il interprètera en début de présentation en une performance pleine d’humour, d’images, et de tendresse.

 

Un moment intense de partage garanti et d’initiation à la poésie contemporaine simple et vivant.